December 15, 2006

Témoignage d'un Ecoforomiste...

Témoignage sur ma participation au "Summer School on development issues: ""Food Security and Famine Prevention in Developing Countries"

Sylvain Kpenavoun-Chogou
PhD Candidate in Agricultural Economics

Je m'appelle Sylvain Kpenavoun-Chogou. Je suis agro-économiste de formation et je fais actuellement mon PhD en alternance entre la Faculté universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux (Belgique) et l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin) après un DEA en Economie et Développement rural. Je voudrais témoigner de l'opportunité que constitue notre site: " Beyond the School" en me basant sur un fait concret et vécu.
En fait, suite à la consultation de la Newsletter de « Beyond the School » (BScNews) au titre du mois d'Avril 2006, j'ai découvert une offre de formation sur la sécurité alimentaire et la prévention des famines dans les pays en développement. Or, ma thèse s'intéresse à ce genre de thématique dans la mesure où elle met l'accent sur les dynamiques institutionnelles et la performance des différentes formes de transaction des produits vivriers. Je souhaiterais en effet, exploiter les instruments ou outils qu'offre la Nouvelle Economie Institutionnelle pour tenter de comprendre le fonctionnement des marchés de produits vivriers dans un environnement d'économie libre caractérisé dans les pays en développement par un ensemble d'institutions mises en place et mal appliquées ou non appliquées.
Les conditions d'accès à cette formation intitulée: " Summer School on development issues: "Food Security and Famine Prevention in Developing Countries" cadraient bien avec mon profil. En effet, ce cours était surtout ouvert aux étudiants PhD en économie de développement, en économie agricole ou en économie publique et qui travaillent sur des sujets relatifs à la sécurité alimentaire.
Par ailleurs, le dossier à constituer était aussi simple incluant le CV, une lettre de candidature, une lettre de recommandation et une preuve de la capacité de l'apprenant à suivre sans difficulté le cours en Anglais. J'ai donc constitué le dossier (Je suis disposé à fournir ce dossier à toux ceux qui y seront intéressés) en Belgique avec la lettre de recommandation de mon maître de thèse, le professeur Philippe Lebailly.
Mais de quoi s'agit-il?
Au cours de ces dernières années, la communauté internationale a mis une attention particulière sur l'objectif de réduire la faim et la malnutrition et d'empêcher des famines. Parmi les initiatives principales dans ce secteur on devrait mentionner le rapport du projet de développement de millénium sur "Réduire de moitié la faim d'ici l'an 2015". Cependant, en dépit de cette attention croissante, la situation de faim demeure préoccupante parce que très peu d'améliorations ont été enregistrées pendant les quinze dernières années. En 2005, la FAO a indiqué que le nombre de personnes affamées dans les pays en développement est passé de 824 millions environ estimés en 1990 à 815 millions en 2002. Si la Chine est exclue, entre 1990 et 2002 le nombre de personnes affamées a augmenté de 630 à 673 millions. La situation est particulièrement inquiétante en Afrique au Sud du Sahara où le nombre de personnes affamées s’est accru de 20% depuis 1990. En outre, des déclins minimaux ont été enregistrés au niveau des déficiences élevées en micro-nutriments (fer, zinc, vitamine A) qui continuent de causer des pertes en vies humaines notamment chez les enfants et les femmes enceintes, d'altérer les performances des enfants à l'école et de conduire à d'importantes pertes en productivité et en croissance. En l'Inde, par exemple, en dépit d'une grande augmentation de l'offre alimentaire, presque 60 pour cent d'enfants en dessous de l'âge d'aller à l'école souffrent toujours de l'insuffisance en vitamine A. Tandis que la faim et la malnutrition persiste dans les pays qui ont enregistré une croissance stagnante pendant les 15 dernières années, des gains limités ont été également enregistrés dans les pays qui ont connu une croissance acceptable de PIB et d'aliments. Dans ces pays, la pauvreté - particulièrement la pauvreté rurale - et l'inégalité de revenus demeurent la principale cause de la faim et de la malnutrition. Cependant, il y a des tendances positives en cours, dans les pays comme l'Inde qui ont récemment mis au point un système d'offre d'emplois qui peut contribuer d'une manière importante à réduire la faim transitoire et chronique.
Des perspectives de sécurité alimentaire sont tout de même compliquées par des tendances incertaines de l'offre, de la demande et des prix des céréales dans le monde. Tandis que les prix mondiaux des produits vivriers avaient considérablement diminué depuis 1974, ils se sont récemment stabilisés et pourraient connaître une hausse si les prix de l'énergie continuent de monter, si les principaux pays d'exportation continuent d'être affectés par de mauvaises récoltes et des demandes domestiques élevées, et si la demande mondiale en grains continue de croître suite à la croissance rapide de la population des grands pays en voie de développement y compris la Chine. Les influences mutuelles de toutes ces tendances ne sont pas claires mais on ne peut pas exclure la possibilité que les prix mondiaux des grains connaissent une hausse dans l'avenir, en aggravant de ce fait la sécurité alimentaire dans les pays importateurs de grains. Toutefois, dans ces pays, la sécurité alimentaire peut être améliorée par le renforcement des investissements domestiques et étrangers dans le domaine de la recherche agricole, de l'irrigation, des routes rurales et de l'éducation.
En fin, alors que pendant la dernière décennie la communauté internationale a répondu rapidement aux famines ayant lieu dans certains pays, en 2004-2005, des famines ou presque à grande échelle se sont produites dans le Sahel (Niger en particulier), en Afrique orientale (Kenya en particulier) et en Afrique australe. Le Malawi, par exemple, a été frappé par une famine importante en 2001-2002 et a éprouvé des conditions proches de la famine depuis novembre 2005. Tandis que dans ces cas, les difficiles conditions naturelles ont contribué à ces crises alimentaires, l'ampleur et la profondeur de la famine étaient aussi déterminées par des changements observés dans les pays voisins, et par des politiques de réactions inadéquates tant sur le plan national qu'international. En effet, la crise 2004-2005 de Sahel a mis à nue les limites du système de réaction humanitaire national et international.
La formation en question s'est donc concentrée sur la situation chronique de faim et de famine, en passant en revue l'offre, la demande et les facteurs institutionnels responsables de cette situation, aussi bien que les politiques et les programmes qui peuvent être mis en oeuvre sur le plan national et international pour modérer ou éviter la faim chronique et les famines soudaines.
Cette formation, organisée par la fondation Unidea UniCredit et l'Université de Florence (Italie), a vu la participation de 20 étudiants internationalement sélectionnés: Bénin, USA, Angleterre, Italie, France, Belgique, Zimbabwe, Kenya, Malawi, Uganda, Brésil, Finland, Nepal, Inde et Bolivie. Les cours suivis sont:
1- Trends in national and individual food security, nutritional status and famine situation during the last ten years by Jakob Skoet, Food and Agriculture Organization (FAO), Rome;
2- Health and nutrition implication of food insecurity and related policies by Marc Cohen, International Food Policy Research Institute (IFPRI), Washington;
3- Supply and demand determinants of hunger and food insecurity by Giovanni Andrea Cornia, University of Florence;
4- Food pricing, storage, food imports, food aid by Christopher Gilbert, University of Trento and World Bank;
5- Access to land, physical infrastructure, agronomic research, irrigation by Sam Moyo, African Institute for Agrarian Studies (AIAS), Harare;
6- Rural credit and crop insurance by Stefan Dercon, University of Oxford;
7- Income support, food subsidies and nutritional programs by Brinda Viswanathan, Madras School of Economics, Madras;
8- Public works and employment schemes by Madhura Swaminathan, Indian Statistical Institute, Bangalore;
9- Reducing gender discrimination to improve nutrition by Elisabetta Basile, University of Rome "La Sapienza";
10- Models of famines, early warning systems and policy responses by Stephen Devereux, Institute of Development Studies (IDS) -University of Sussex;
11- Supply side famines by Jane Harrigan, School of Oriental and African Studies (SOAS), London and University of Manchester;
12- Demand side famines by Giovanni Andrea Cornia, University of Florence;
Je suis disposé à partager sans aucune réserve les documents auxquels j'ai pu accéder lors de mon passage en Italie dans le cadre de cette formation.
Ces cours ont été clôturés par une conférence internationale sur "Food Insecurity and the Right to Food" qui a vu la participation de l'orateur, le Professeur Jean Zigler.
Il s'agissait d'une formation intensive d'une semaine, du 10 au 14 juillet 2006. On était tous logé dans un même hôtel et les cours commençaient chaque jour à 8 heures et finissaient aux environs de 20 heures avec bien-sûr le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner. Vu le contenu de cette formation, elle m'a permis non seulement de capitaliser mes connaissances mais aussi de les actualiser. De plus, au delà de la connaissance proprement dite, cette formation m'a donné l'occasion de faire de nouveaux grands amis dans le domaine scientifique, de rencontrer de grands chercheurs dont j'avais déjà le plaisir de lire leurs articles. Et c'est en cela que réside l'importance de cette formation pour moi. Je tiens donc à remercier ceux qui allouent fréquemment leur temps pour actualiser les informations sur le site http://www.beyondtheschool.africa-web.org/, “…développer la science dans le cœur du sous-développement”. Evidemment, je ne peux finir ce compte rendu sans adresser mes sincères remerciements aux organisateurs de cette formation notamment l'Unidea qui a pris en charge tous les coûts relatifs à cette manifestation scientifique.